ENQUETE : Des fonds publics britanniques utilisés par des sociétés liées à Abou Dhabi suscitent des interrogations

Des investissements liés à Abou Dhabi au Royaume-Uni font l’objet d’un examen accru après la révélation de l’octroi de prêts d’un montant de 55 millions de livres sterling, provenant de fonds publics britanniques, à des sociétés contrôlées par Cheikh Mansour Ben Zayed Al Nahyane, vice-président des Emirats, vice-Premier ministre et propriétaire du club de football Manchester City, soulevant des interrogations sur la transparence du financement et les critères d’octroi de prêts à des groupes d’investissement liés à de hauts responsables émiratis. Le quotidien britannique « The Guardian » a révélé que trois sociétés finalement contrôlées par Cheikh Mansour ben Zayed avaient bénéficié, en 2017, de ces prêts provenant d’un fonds géré par l’Autorité combinée du Grand Manchester (Greater Manchester Combined Authority), afin de contribuer au financement du projet immobilier « Manchester Life », qui prévoyait la construction de 6.000 logements dans la ville. Ces révélations relancent les interrogations sur les raisons pour lesquelles des sociétés liées à une personnalité émiratie disposant d’une fortune et d’une influence considérables ont pu bénéficier de financements publics, plutôt que de recourir aux sources de financement privées accessibles aux grands groupes d’investissement. L’affaire prend une dimension plus sensible à la lumière des informations publiées par le journal britannique « The Mail on Sunday » concernant l’ampleur du financement accordé à Abu Dhabi United Group (ADUG), lié à Cheikh Mansour, dans le cadre d’un dispositif de financement immobilier. Le journal, citant une lettre adressée par un promoteur immobilier de Manchester à la ministre britannique du Logement, a indiqué que les prêts accordés au groupe représentaient, en mars 2026, environ 97 % d’un dispositif d’investissement financé par les contribuables et destiné aux promoteurs immobiliers. Il a ajouté que « si ce pourcentage venait à être confirmé par les documents financiers officiels, il révélerait une concentration exceptionnelle des financements au profit d’un seul groupe et soulèverait de sérieuses questions quant à l’égalité de traitement entre les bénéficiaires de fonds publics ». Les critiques ne portent pas uniquement sur le montant des financements. Selon le journal, le promoteur immobilier a également exprimé des inquiétudes quant à l’éventualité de conditions de prêt préférentielles, à l’absence d’obligations imposant au groupe de construire des logements abordables répondant aux besoins de la population, ainsi qu’à l’absence alléguée des vérifications nécessaires avant l’octroi des fonds. L’importance de cette affaire dépasse le montant des prêts, sachant que le fonds de l’Autorité combinée du Grand Manchester a injecté près d’un milliard de livres sterling dans des projets portés par une cinquantaine de promoteurs immobiliers depuis 2015. The Guardian » a rapporté les critiques formulées par John Leech, président de la commission de contrôle et d’examen de l’autorité, concernant le manque de clarté des procédures de sélection des bénéficiaires. Celui-ci s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles des entreprises apparemment prospères recourent à des fonds publics, alors qu’elles sont présumées avoir accès à d’autres sources de financement. Selon la même source, John Leech a annoncé que la Commission examinerait le fonctionnement du fonds afin de renforcer la transparence et de clarifier les critères sur la base desquels les prêts sont accordés. Ces faits soulèvent des interrogations sur les relations entre les responsables des autorités locales et les groupes d’investissement liés à Abou Dhabi, en particulier lorsque ces relations concernent des décisions permettant à ces groupes d’accéder à des fonds publics. Cette affaire met en lumière l’autre facette de l’influence émiratie, lorsque les intérêts financiers prennent le pas sur les exigences de transparence et l’intérêt général, et que la richesse devient un instrument d’expansion de l’influence au-delà des frontières.




