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Moncef Bakail : Le 1er novembre insuffle encore l’espoir d’une Afrique sans ingérence

Dans une interview accordée à la Radio Algérie Multimédia, Moncef Bakail, professeur des Universités, spécialiste des études africaines, décrit la portée de la Révolution Algérienne au-delà de ses frontières. Selon lui, la déclaration du 1er novembre 1954, qui consacre les principes de souveraineté et de non-ingérence, constitue, aujourd’hui encore, le fondement de chaque prise de postions de l’Algérie.

En tant qu’historien, spécialiste du continent africain, quel a été, selon vous, l’impact du 1er novembre 1954 sur les mouvements révolutionnaires africains ? 

Nous pouvons attester que toute l’Afrique était sous la domination impérialiste, qu’elle soit française, anglaise ou portugaise. Ces pays africains, après la deuxième Guerre mondiale, ont eu recours à la lutte politique dans le but de restaurer leur indépendance, contrairement aux Algériens qui ont déclenché la révolution armée le 1ernovembre 1954. Ce qui a insufflé  de l’espoir à d’autres mouvements de libération africains tels que l’ANC en Afrique du Sud, la SWAPO en Namibie ou la ZANU au Zimbabwe. Le 1er novembre est devenu, pour eux, une référence dans le cadre de la lutte contre le colonialisme. C’est ce qui explique que les partis politiques que je viens de citer avaient construit, en plus de l’aile politique, une aile armée.

Pour l’Algérie, les principes de respect de la souveraineté et de non-ingérence sont des constantes. Quel est l’impact sur ses relations diplomatiques ?

De par son statut de référence parmi les pays africains et latino-américains, la Révolution algérienne du 1ernovembre s’est basée sur des fondamentaux, notamment cette question de souveraineté. Le législateur algérien a défini cette politique de non-ingérence depuis 1956, le Congrès de la Soummam, la Charte d’Alger, ainsi que les différentes Constitutions en attestent.  Il a toujours cru en des principes, que ce soit au sein de l’Organisation de l’Union africaine ou des Nations Unies. L’Algérie, a toujours appliqué le droit des peuples à  l’autodétermination. C’est ce qui explique son poids au niveau des relations internationales, surtout durant les années 1970, où l’on considérait l’Algérie comme le leader du Tiers-Monde, notamment lorsque l’ancien président Haouri Boumediène avait inauguré le « Dialogue Nord-Sud. »

Ceci explique-t-il le soutient inconditionnel de l’Algérie à la cause du Sahara occidental ? 

Certainement. La France et le Maroc accusent Alger d’« aider le Front Polisario pour acquérir une influence ou dominer cette nation. » Il s’agit d’une fausse accusation qui va à l’encontre des principes auxquels croit l’Algérie : le droit des peuples à l’autodétermination, le respect des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale. Il est aussi nécessaire de rappeler que l’Algérie a fait de même avec l’Afrique du Sud et le Zimbabwe auparavant.

Après les déclarations hostiles d’Emmanuel Macron sur l’Algérie, le président de la République M. Abdelmadjid Tebboune a décrété la fermeture de l’espace aérien aux avions militaires français. Cette décision était-elle attendue ?

L’Algérie a toujours pris des positions mûrement réfléchies, et de mon point de vue, en tant que spécialiste des études africaines, il ne fallait pas permettre à la France l’utilisation de l’espace aérien algérien. Maintenant, je remercie le président Abdelmadjid Tebboune de s’être engagé sur cette question. Je le rappelle encore une fois, l’Algérie a toujours été un pays souverain, elle a aussi refusé l’installation de bases militaires étrangères sur son sol, contrairement au Maroc et au Sénégal. Nous voyons aujourd’hui l’émergence d’une élite africaine capable de faire face aux visées nécolonialistes.

Je voudrais rappeler aussi que l’Algérie joue un rôle déterminant dans le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine par le biais de diplomates chevronnés à l’image de Ramtane Lamamra. Dans le cadre de cette union, les africains s’engagent aujourd’hui à résoudre leurs problèmes eux-mêmes, sans accepter des interventions étrangères. Je voudrais signaler également qu’il y a une stratégie à l’horizon 2050, initiée notamment par l’Algérie et par certains pays comme l’Afrique du Sud, qui rend comptes des problèmes politiques, socio-économiques et militaires, dans un cadre purement africain.

Quel rôle pour l’Armée nationale populaire, héritière de l’Armée de libération nationale, dans le contexte actuel ?

Evidemment, c’est l’héritière de l’Armée de Libération nationale. N’oublions pas que l’institution militaire est l’institution la plus disciplinée et accompagnatrice de toutes les réformes politiques et socio-économiques de l’Algérie. Je voudrais signaler quelque chose que je juge important : depuis la révision de la Constitution, l’Algérie peut intervenir militairement en dehors de ses frontières. Personnellement, j’ai défendu cette initiative, parce que la lutte anti-terroriste n’est pas seulement au niveau local, mais aussi en dehors des frontières. Il faut rappeler aussi que l’Algérie est liée à l’Union africaine par des traités. Ces pays africains essayent de créer une force africaine pour régler les problèmes aux frontières, les coups d’Etat…etc. L’Algérie peut désormais intervenir dans le cadre des traités continentaux et participer dans les résolutions des conflits par des solutions purement africaines, sans ingérence étrangère.

Le pilier de ce pays a toujours été l’Armée nationale populaire, car elle ne se limite pas aux missions de sécurisation des frontières de l’Algérie, mais elle participe activement au développement socio-économique du pays. Elle a été présente aux côtés du peuple pendant ses calamités et ses crises.

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